L’adaptation de la Culture à l’ère digitale semble un phénomène de société incontournable. Dorénavant, il n’y a pas que l’industrie de la musique qui est touchée par le développement d’Internet et du numérique. Le livre aussi s’y met. Après l’apparition du livre tout numérique vulgarisé par le Kindle, les éditeurs se passionnent aujourd’hui pour un nouveau concept : le roman multimédia.
Qu’il soit qualifié d’interactif ou même d’hyperlivre, le livre multimédia a la particularité de reposer sur la complémentarité des supports. En véritable produit hybride, il s’agit avant tout d’un ouvrage imprimé dont le contenu est complété par des outils multimédia disponibles sur Internet. Grâce à l’interaction entre le papier et le web, le livre multimédia espère fournir une expérience de lecture améliorée.
“Il ne s’agit pas de remplacer le livre papier par un écran mais d’enrichir le papier grâce à un écran. L’hyperlivre peut être lu mais, grâce à la technologie, être écouté, visionné voire même actualisé” explique Leonello Brandolini, P-DG des éditions Robert Laffont.
Parmi les rares tentatives de livres multimédia actuellement sur le marché se trouvent deux bestsellers : Level 26 d’Anthony Zuiker (aux éditions Michel Lafon) et Le Sens des choses de Jacques Attali (aux éditions Robert Laffont).
Vendu à 60 000 exemplaires en quelques semaines, le premier est un polar, tout ce qu’il y a de plus classique ; à la différence près que le lecteur est invité à se rendre sur le site du livre pour y découvrir en vidéo de nouveaux éléments d’enquête.
Pour Anthony Zuicker, scénariste de la série américaine Les Experts, ” il est question d’impliquer la génération YouTube qui ne lit pas vraiment”. La cible de ce livre reste donc jeune, contrairement au livre de Jacques Attali à la portée plus philosophique.
Pour Le Sens des choses, l’originalité réside dans l’utilisation de flashcodes pour accéder à des contenus numériques supplémentaires : qu’il s’agisse de fichiers musicaux, d’entretiens vidéo ou de forums de discussion. Seule technologie requise : un téléphone portable compatible avec ce système de codes barre. Actuellement, seuls 26% des téléphones portables en France en sont équipés. Un frein technologique qui devrait se réduire avec les années.
Selon Michel Bernard, professeur à la Sorbonne Nouvelle spécialisé dans les nouvelles formes littéraires sur supports numériques, cette utilisation extensive du multimédia au service du livre n’est possible que grâce à l’avènement d’Internet:
La naissance d’un tel concept soulève pourtant beaucoup d’interrogations. N’est-ce là qu’un savant stratagème des éditeurs pour sauver les imprimeurs de la faillite ? Le livre a-t-il nécessairement besoin de Web pour apporter une expérience de lecture accrue?
Pour William Réjault, journaliste et auteur de trois livres, le livre multimédia ne doit pas tomber dans le piège du gadget:
Ces deux essais de livres interactifs restent d’ailleurs encore trop isolés pour pouvoir prédire si ce type de roman se développera en masse dans les années à venir. L’heure est à l’expérimentation, si l’on en croit les propos de Michel Bernard:
De son côté, William Réjault expérimente aussi une autre forme d’interactivité avec le lecteur, appelée roman participatif.
Le principe est simple : les internautes commentent chaque semaine un nouveau chapitre du roman feuilleton Le chemin qui menait vers vous. C’est ensuite sur ces commentaires de lecteurs/internautes que se base William Réjault, en collaboration avec Laurent Latorre, pour écrire les chapitres suivants. Il nous résume les enjeux du roman participatif:
Satisfait de l’expérience vécue grâce à ce livre toujours en cours d’écriture, l’auteur admet néanmoins que la prise de risque pour l’écrivain est énorme. Constamment confronté à l’avis du public, il n’est pas toujours facile pour un auteur d’encaisser la critique.
Disponible uniquement sur l’iPhone, l’application du livre s’est voulue simple et efficace afin de garantir une meilleure lecture de l’écran.
Roman participatif ou livre interactif, la culture littéraire à l’heure du numérique n’a pas fini de nous réserver de nombreuses surprises. En pleine phrase d’expansion, les possibilités semblent infinies. Reste à savoir si le lecteur suivra cette révolution technologique.
Cécilia Rowe
