Depuis le succès de Grégoire en 2008, les labels participatifs font des émules sur la toile. S’inscrivant dans une lutte contre le téléchargement illégal qui handicape sensiblement l’industrie du disque, les plates-formes internet telles que No Major Musik, Aka Music, Station Tubes ou encore My Major Company, de loin la plus connue, associent les artistes d’une nouvelle génération à leur public.
Elles permettent, d’une part, aux internautes désireux de soutenir un musicien, de participer au lancement de son album ; de l’autre, aux artistes de s’assurer le financement de leur premier disque, un plébiscite populaire et, au-delà, une certaine exposition médiatique. En somme, une déclinaison sur la toile des télé-crochets qui proposent aux téléspectateurs de miser sur l’artiste en herbe de leur choix en décrochant leur téléphone. A la différence près que les labels participatifs injectent les dons des internautes directement dans le fonds de production des artistes. Alors, véritable solution pour sauver les artistes face à la crise du disque, remède au téléchargement, ou simple phénomène de mode, le débat reste ouvert.
Fortes du succès de cette forme d’interactivité innovante, de nouvelles plates-formes communautaires fleurissent sur le net, élargissant leur champ d’action au domaine du cinéma participatif. Outre TousCoProd.com, qui propose aux internautes de devenir producteurs d’un film, l’un des fondateurs de My Major Company, Simon Istolainen, a récemment lancé son équivalent dans le secteur du cinéma, PeopleForCinema. Le public a alors la possibilité de miser sur un film dont il va co-financer la distribution, avec le risque de tout perdre mais aussi, à l’inverse, une chance de tripler sa mise.
La zone d’ombre de ces systèmes de production basés sur le crowdfunding (littéralement le financement par le grand public) reste la rétribution des internautes. Parmi les labels participatifs, My Major Company fait office de glouton de la classe, en se réservant la moitié du gâteau. Associée avec Warner Music France, depuis 2008, pour la distribution des albums physiques comme dématérialisés, la part de la major sur les ventes est de 50 %. Selon Bidibule, artiste et bloggeur, « l’artiste est assuré de toucher 20% du revenu des ventes, tandis que les internautes se partagent 30% du chiffre d’affaires. »
Dans le domaine du cinéma, la donne est un peu différente. D’abord parce que le coût de production d’un film est autrement plus élevé que celui d’un album. Le financement participatif d’un produit cinématographique est donc avant tout une stratégie commerciale et promotionnelle qui assure au film un bon démarrage en salle. Les risques pour les internautes sont donc limités, comme l’explique la société Pijo Productions sur le site internet de la société TousCoProd. « Si le projet n’a pas réuni les fonds nécessaire dans le temps qui lui est imparti, les coprod sont intégralement remboursés […] En tant que coprod vous encaissez votre quote-part des bénéfices du film : après remboursement du coût de fabrication du film touscoprod vous reverse 80% des bénéfices encaissés pendant les 3 premières années d’exploitation, touscoprod conserve 20% pour se rémunérer. » Et d’ajouter : « Un film qui fédère 2.000 coprod qui ont misé ensemble 100.000 € est un vrai gage de succès. »
La rentabilité des communautés participatives reste à démontrer. Si Grégoire a vendu plus de 750 000 albums depuis le lancement de son tube « Toi + Moi », la dernière artiste en date à avoir obtenu le financement de son disque, Joyce Jonathan, n’a écoulé que 20 000 exemplaires en deux mois. A peine de quoi rembourser leur investissement aux 486 internautes qui avaient misé sur elle. La lune de miel aura peut-être été de courte durée. Affaire à suivre…
Laura Heulard


